Pourquoi devenir Militante Enfance Libre?
Ce choix est le résultat d'un chemin de vie que je partagerais plus tard. Il sera l'objet d'un article intitulé: de la bonne élève à la femme libre en passant par la révolte. Dans un soucis de concision, ici, le point de départ de l'histoire, c'est le moment où je découvre la lettre ouverte de Marjorie Bautista et Ramin Fahrangi. Les initiateurs du mouvement Enfance Libre adressent aux représentants de l'Etat une demande d'exonération du contrôle de l'éducation nationale.
Février dernier, Marjorie et Ramin publient sur Facebook une lettre ouverte, dans laquelle ils demandent à l'Etat une dérogation à l'obligation d'instruire leur fils selon les normes du socle commun, et à être exemptés de tout contrôle de l'éducation nationale. Ils y présentent leur mode d'instruction basé sur la confiance et la liberté.
Je me sens immédiatement en accord total avec tout ce qui est écrit (notre première lettre en est, d'ailleurs la copie quasi conforme. cf l'article correspondance). Ca sonne très clair en moi, c'est décidé, je vais moi aussi écrire ce que je pense aux représentants des institutions, désobéir si je ne suis pas entendue et aller au tribunal pour mettre en lumière ce point de vue: les contrôles sont inutiles et violents.
Je ne savais pas encore pourquoi, mais je savais que je devais le faire. Les jours suivants ont été riches d'échanges dans notre famille. Nous parlions désobéissance civile, risque, liberté, choix, budget, temps, énergie…
Jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour respecter nos convictions, nous sentir cohérents avec nos choix. C'est-à-dire permettre à nos enfants de rester maître de leurs apprentissages, offrir au monde des êtres libres d'exprimer, d'incarner pleinement ce qu'ils sont.
Jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour mettre en lumière notre approche aux antipodes du fonctionnement ordinaire contrôle/sanction (ou récompense). Notre société en est tellement imprégnée qu'il paraît improbable de fonctionner autrement, cette norme est-elle absolument nécessaire pour fonctionner ensemble? Il est quasi impossible pour la grande majorité de ses membres de remettre en question ce fonctionnement basé sur la peur. Et oui, ce n'est pas seulement l'école que je remets en question en choisissant l'instruction en famille, c'est aussi et surtout le concept d'obéissance.
La plus grande peur à laquelle je me suis confrontée c'est: "et si "ils" m'enlèvent mes enfants?"; effroyable vision qui m'a value quelques nuits blanches. Une fois passée ces terreurs nocturnes, j'ai lu et j'ai écouté. J'ai lu sur la notion de désobéissance civile, j'ai révisé les procédures judiciaires, j'ai écouté des personnes de l'ASE (juge pour enfants, assistante sociale, éducateurs spécialisés), des personnes qui font le choix de la non-déclaration afin de ne pas être contrôlées, des militants écolo qui pratiquent la désobéissance civile (les décrocheurs de portrait notamment)… bref, tout cela m'a permis d'affiner mon choix et de le rendre un peu rationnel, de lui trouver une raison, une explication, une réponse à Pourquoi et Jusqu'où?
Jusqu'où?
Nous avons décidé de faire partie d'Enfance Libre, de soutenir d'éventuelles actions de désobéissance civile en se laissant le choix d'y participer ou non, d'écrire ce que l'on pense avec le plus d'assertivité et de respect possible, de recevoir les agents de l'Etat pour le contrôle de l'année 2019-2020 si nous étions convoqués. Nous nous sommes engagés à rester à l'écoute de nos ressentis et besoins afin de réajuster les choses au fur et à mesure.
Pourquoi déclarer?
Mon coté parano dit: Nous devons déclarer car nous vivons dans un petit village et "tout le monde" sait que nos enfants ne vont pas à l'école. Nous ne voulons pas prendre le risque d'être dénoncés. Le directeur de l'école nous a à l'œil: il est venu me demander d'inscrire les enfants "puisque maintenant l'école est obligatoire à partir de 3 ans." Je l'ai informé de la loi et lui ai confirmé que nous choisissons tous les quatre de ne pas aller à l'école. Bon alors vous aurez des contrôles. Oui M'sieur :-)
Mon coté Mégalo dit: j'ai envie de mettre en lumière cette façon de voir les choses, susciter le questionnement, inspirer, montrer que c'est possible. Dans notre région il y a un petit réseau IEF; je rencontre régulièrement des familles qui se questionnent sur le sujet des contrôles. J'avais besoin de me confronter à l'exercice pour me sentir légitime lorsque j'échange avec elles.
Mon coté Idéaliste dit : j'ai envie de montrer à mes enfants qu'on peut, par amour, se laisser traverser par la peur, faire des choix réajustables ensemble. Envie qu'ils comprennent par l'expérience qu'ils peuvent eux aussi être habités, portés par des intuitions, des idéaux et qu'ils peuvent toujours chercher à les incarner. Nous n'avons pas à nous cacher, et si un jour nous devions le faire, nous le ferions. Enfin, je pense à tous ces enfants, à toutes ces familles subissant un stress énorme. Je pense aussi aux enseignants qui peuvent vivre ce contrôle comme une forte pression, une entrave. Je connais les dégâts de cet état de stress qu'il soit conscient ou non à un niveau individuel et collectif. Il m'est très difficilement supportable d'être témoin de toute cette souffrance. Il vit en moi une facette qui embrasse le monde pour le guérir. Mon engagement avec Enfance Libre est une longue étreinte. Un nouveau monde est entrain d'éclore.
